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Le recrutement et la formation des professeurs

Transcription de l’intervention de Romain Vignest, vice-président de l’APL, à l’audience du 10 juin 2004, sur le recrutement et la formation des professeurs.

Attachée à la qualité et au caractère national - ce qui à ses yeux va de pair - d’un enseignement qu’elle veut fondé sur la culture et la transmission du savoir, la Conférence accorde en conséquence la plus haute importance à la question du recrutement et de la formation des professeurs.

La Conférence défend notamment, et le cas échéant défendrait activement, le principe des concours nationaux, lesquels doivent redevenir la seule voie de recrutement des professeurs. Nous sommes en effet opposés à la multiplication des vacataires, contractuels et intervenants extérieurs, qui ne présentent pas les garanties exigibles pour un enseignement laïque et de qualité.

Le principe du recrutement sur concours ouverts, comprenant un nombre suffisant d’épreuves écrites anonymes et des oraux appréciés collégialement, est le seul à mettre en œuvre l’article VI de la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen, selon lequel « tous les citoyens, étant égaux à) ses yeux [de la loi], sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents ».

Ces concours doivent être nationaux, parce qu’en France l’éducation est l’affaire de l’État, parce que c’est le moyen de recruter les meilleurs du pays, parce que c’est la garantie de l’égalité devant l’enseignement dispensé sur tout le territoire de la République.

Ces concours doivent évaluer les compétences disciplinaires, scientifiques des candidats, fondement indispensable de notre métier. C’est pour cette raison que nous nous opposerions à ce que la nature des concours soit en quelque manière altérée, soit par la modification de leur contenu soit par la précocité des épreuves.

Nous voudrions écarter dès maintenant toute objection financière, d’abord parce qu’il serait inacceptable qu’un pilier de la République pâtisse de telles considérations, ensuite parce qu’on a vu ces dernières décennies se multiplier des concours à la valeur scientifique plus que contestable, organisés parfois pour quelques personnes seulement, concours spécifiques, réservés, troisièmes, examens professionnels, visant à intégrer coût que coûte à la fonction publique des personnels embauchés inconsidérément et par là même condamnés à la précarité. Nous demandons que ces concours soient supprimés et que le système se constituent des trois concours fondamentaux : agrégation, CAPES/CAPET/CAPEPS, CAPLP, déclinés en concours externes et internes. Nous demandons l’abrogation de l’arrêté du 6 janvier 2004 qui institue de scandaleuses « certifications complémentaires », sans aucune valeur scientifique, dans des disciplines qui font l’objet de spécialités au baccalauréat. Il est nécessaire aussi que le plan pluriannuel de recrutement, prévu par l’article 16 de la loi du 10 juillet 1989, soit enfin mis en œuvre.

Nous voudrions souligner enfin l’importance des concours, notamment de l’agrégation, internes, qui offrent une perspective de carrière pour les jeunes professeurs, une motivation qu’il faut développer si l’on ne veut pas que se tarissent les vocations. Les promotions sur listes d’aptitude, arbitraires, doivent disparaître et les congés de formation être octroyés plus généreusement pour permettre la préparation de l’agrégation interne : l’État ne perd pas d’argent à motiver ses fonctionnaires.

Si la Conférence considère l’excellence disciplinaire comme fondamentale, elle n’en accorde pas moins d’importance à la formation pédagogique du jeune professeur, qui doit cependant intervenir après l’obtention du concours. Cette formation doit se libérer du dogmatisme pédagogiste des sciences de l’éducation. Elle doit procéder d’une approche critique, qui ne dissocie pas matière et méthode, qui repose sur l’histoire des disciplines, les connaissances universitaires des jeunes collègues et l’expérience de leurs aînés.
Nous demandons par conséquent :

  • que les IUFM soient intimement liés aux Universités,
  • que les formateurs soient des praticiens du Second degré,
  • que la formation assigne une part majeure à la pratique de terrain auprès de collègues expérimentés,
  • que la formation générale se résume à quelques modules juridiques et technologiques.

La formation continue des professeurs ne doit pas être négligée. Elle doit établir un lien entre l’enseignement secondaire et la science vivante, donc l’Université. À cet égard, l’IUFM doit devenir, à travers des stages et des conférences, le relais de l’Université et des IUT, le relais de la recherche fondamentale. Les congés de formation doivent être octroyés en nombre suffisant pour permettre aux professeurs de mener à bien des recherches doctorales. On pourrait d’ailleurs envisager, comme ce fut le cas il y a fort longtemps, que des professeurs remplissent dans les lycées la fonction de correspondants d’une université.

Ces principes et ces propositions ont pour dessein de rendre à notre enseignement la rigueur et l’excellence qui ont longtemps caractérisé l’école républicaine. C’est à nos yeux la condition nécessaire pour permettre aux lycéens de réussir leurs études supérieures et leur insertion professionnelle ; c’est, plus fondamentalement encore, l’unique moyen de former des citoyens instruits et libres et d’assurer l’unité, la pérennité et le rayonnement de la Nation.